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Le Supersonique Concorde représenté sur les Timbres Poste du Monde et Oblitérations Temporaires. Petite histoire de l'Aviation en compagnie de précurseurs célèbres tels Ader, Blériot, Lindbergh, etc...

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Le rapport de M. Delamarne (Le Ville-de-Paris)


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Récit de M. DELAMARNE¹
Pages 442 - 446


(...)
« Le mercredi, 14 décembre 1870, à 4 heures du soir, je reçus l'ordre de me tenir prêt pour le lendemain 15, à 3 heures du matin. À minuit, j'arrivai à la gare du Nord pour assister au gonflement de la Ville-de-Paris, qui devait m'emporter ainsi que MM. Morel et Billebault, qui m'étaient totalement inconnus. J'étais là depuis quelques instants, lorsque le ballon se déchira.

Le commandant Dartois, avec son habileté bien connu, et à laquelle je rends ici un public hommage, s'empressa de réparer l'accident, qui m'occasionna un retard de deux heures, pendant lequel je reçus itinéraire que voici : (Officiel) Itinéraire : 10 lieues à l'heure, maximum. De neuf à dix heures de marche. - onze heures du matin, environs de Lille. - Bulletin de l'Observatoire, à quatre heures du soir, marquait vent nord-est à gauche.

«Enfin, à 4 heures 45 du matin, après trois tentatives d'essais infructueux pour l'ascension, rejetant un sac de lest qui paralysait encore mon départ, on cria le : « lâchez tout », obligatoire, et quelques secondes après, nous quittions la terre au cri mille fois répété par la foule qui nous entourait, de « Vive la République !».

Nous atteignîmes presque du même coup une altitude de 800 mètres ; notre direction s'établit immédiatement non pas au nord-est, ainsi que le marquait mon bulletin officiel, mais bien nord-est plein, qui devait nous conduire pays ennemi.

«le commandant Yon, dont je reconnais le rare mérite, avec sa vigilance accoutumée, veillait lui aussi aux préparatifs du départ ; il avait fait attacher sous la nacelle une lanterne confectionnée par moi pour le service des ascensions de nuit.

Lorsque, après une demi-heure de marche, les Prussiens saluèrent notre passage au-dessus de leurs lignes par deux coups de feu, une balle passa tellement près de nous, que son sifflement me fit l'effet d'une corde de piano qui se brise. La seconde, moins distincte, se perdit dans l'immensité, et fort heureusement pour nous, ne fut suivie d'aucun effet.

Je priai mon compagnon Morel de retirer la lanterne de dessous la nacelle, tandis que de mon côté, j'envoyai dans l'espace un sac de lest qui nous fit atteindre une altitude de 1,300 à 1,350 mètres, hauteur à laquelle je me maintins pendant mon parcours, à l'abri des projectiles prussiens (5h. 1/2).

« Les nuages marchaient avec la même vitesse que nous, et mes compagnons, peu habitués à ce genre de locomotion, se croyaient dans la plus complète immobilité. Il est six heures ; nous apercevons un campement, dont quelques tentes sont éclairées, mais notre distance à travers cet océan nuageux ne nous permet pas d'apprécier si ce sont des compatriotes ou des ennemis. À sept heures et demie, notre attention est de nouveau mise en éveil par une sonnerie de clairon, accompagné d'un grand bruit de voix. Morel croit reconnaître la sonnerie française et m'engage à descendre.
Le bruit arrivant jusqu'à nous d'une manière confuse, et ne pouvant préciser, je lui répondis : « en êtes-vous bien sûr ? Je vais descendre si vous le voulez. Mais je vous en laisse toute la responsabilité.» Nous discutions depuis quelques minutes sur l'opportunité de la descente, lorsqu'une vive fusillade se fit entendre ; Billebault cru que c'étaient des francs-tireurs. - « s'il y a là des francs-tireurs, lui dis-je, assurément l'ennemi y est aussi, puisqu'on s'y bat ; et descendre dans sans pareil moment serait nous conduire à une perte certaine, sans profit pour notre pays, qui nous a confié une mission que nous devons accomplir. »

«Nous continuâmes donc notre route. Nous marchions depuis une demi-heure, lorsque nous aperçûmes un fort avec trois tours, entouré de larges fossés remplis d'eau. Je crus reconnaître la citadelle de Mézières. Mais dans l'ignorance de savoir s'il appartenait aux Prussiens, je continuai ma route avec l'intention d'aller atterrir dans une forêt que j'apercevais à quelque distance de là.

« Ici, nouvelle déception. Au moment d'opérer notre mouvement de descente, nous distinguons à l'oeil nu, à travers les éclaircies du bois, une voiture attelée d'un cheval blanc que précédaient des masses compactes en mouvement, sans pouvoir cependant nous assurer de leur nationalité.

Mais, nous basant sur ce raisonnement que les français ne marchent pas dans les bois, nous nous trouvions encore une fois contraints de poursuivre notre route, pensant nous diriger vers la Belgique, où nous pourrions descendre en toute sécurité.

« A ce moment, au milieu de mes réflexions, nous nous trouvons dans un véritable désert de neige et de montagnes sans nombre de la même matière, en tout point semblable aux glaciers de la Suisse : ce qui acheva complètement de me désorienter.

« Descendre en ce moment, serait-ce prudent ? Et qui sait si sous ce linceul éclatant nous n'irions pas à coup sûr trouver nos ennemis ? Il faudrait remonter : le pourrions-nous ? Mon ballon surchargés percerait-il cette atmosphère congelée pour atteindre l'altitude plus clémente dans laquelle nous sommes, et où du moins nous voguons en toute sécurité ?

« La pensée de cette terre bénie par tous les proscrits français, la Belgique, vint de nouveau me tirer de ma perplexité, lorsque notre compagnon Billebault, explorant l'espace avec une fiévreuse anxiété, s'écria, ne pouvant contenir sa joie : « la terre ! ».

« Il est 10 heures. Je descends, sans ouvrir la soupape, à 50 mètres du sol ; je coupe les ficelles qui retiennent les cordes d'encre et le guide-rope. À peine ai-je touché terre, le ballon remonte un peu. Deux paysans apparaissent, nous regardant ébahis. Nous les appelons ; mais à notre appel ils s'enfuient à toutes jambes.

Ils paraissent effrayés, et nous sommes confirmés plus tard dans cette idée par la réponse que nous fit le gouverneur de Coblentz lors de notre instruction, qu'ils croyaient voir une bête descendre du ciel. La violence du vent était telle, que nous fûmes jetés sur le haut d'un ravin, et le choc fut si terrible, que nous nous crûmes anéantis.

Nous étions moulus, brisés, nos casquettes perdues ; le sac qui contenait les dépêches dugouvernement avait complètement disparu dans notre chute. Nous sommes traînés, tournant, ballottant dans l'espace pendant dix minutes, jusqu'à la lisière d'un bois, près Chemnitz, à cinq lieues de Brohl, douze lieues de Coblentz.

Personne pour tenir les cordes. Penant sortir d'une situation aussi périlleuse en jetant du lest, j'agis en conséquence et reprends un peu d'ascension. Dans cet instant, de nouveaux paysans apparaissent, suivi de deux gardes forestiers. « Où sommes-nous ? Leur demandai-je. - Duché de Nassau ; me répondirent-ils, s'emparant des cordes qu'ils ne purent tenir n'étant pas en nombre.
Nous sommes de nouveau jetés sur la forêt, nous nous attendions à chaque instant à une mort certaine, la nacelle battant et brisant tour à tour les branches d'arbres, lorsque Billebault, pour échapper au danger qui nous menace se cramponne à une branche de chêne, en sautant de la nacelle ; mais il est immédiatement saisi et fait prisonnier.
À ce moment, nos pigeons prirent leur vol, sans qu'il nous fût possible de pouvoir leur attacher aucune dépêche. Sans m'arrêter à cet incident et comprenant le péril qui nous menaçait, je saisis mon couteau, je coupe mon guide-rope, et la corde d'ancre ; mais les gardes s'en aperçurent, et m'envoyèrent deux coups de feu, qui, par un rare bonheur, de m'atteignirent pas.

« De son côté Morel jeta un sacs de lest, et pendant cette opération essuya aussi deux coups de fusil du second garde qui, grâce au ciel, fut aussi maladroit que le premier, et notre ballon, débarrassé de ses liens, malheureusement trop délesté, s'élança rapidement dans les airs, au grand désappointement de ceux qui croyaient déjà nous tenir.

« Nous avions atteint une telle hauteur par suite du départ de Billebault, la perte d'un sac de lest et de 80 kilos de cordes et d'ancre, que tout se dérobait à notre vue ; la terre nous apparaissait comme un point noir dans l'horizon : notre respiration devient pénible, nos oreilles bouillonnent sous la pression du sang que nous croyons sentir s'échapper à tout instant en nous-mêmes, tant la raréfaction était grande. Les veines du cou se gonflèrent tellement que nous nous crûmes un instant frappés d'apoplexie.

« L'engourdissement fut si grand que je m'en ressentis longtemps encore après ma descente. Pendant cette rapide et vertigineuse ascension, la dilatation fut si grande, que le gaz s'échappait de l'appendice avec une force que je n'avais jamais vue jusque-là.
Le ballon se remplit de nouveau et reprit sa forme primitive. L'espoir nous revint, mais malheureusement pas pour longtemps, car le ballon après quelques instants d'équilibre, accusa de nouveau son mouvement de descente. Je jette ce qui me restait de lest, le ballon descendait toujours ; alors d'un coup de couteau, j'ouvre le sac de la poste, contenant les paquet de lettres que je jette au vent. Rien n'y fait ; nous touchons terre à 11 heures du matin, au bord du bois de Sinn, près de Wertzlür.
Morel saute à terre, entre sous bois pour l'explorer, rencontre un paysan et lui dit : « Monnaie, furth. » - Celui-ci répondit : « Monnaie, ya, ya, furth..» pendant ce temps, je m'empressais de couper les cordes de la nacelle au cercle du ballon, afin de simuler un nouveau départ qui pourrait tromper les paysans qui couraient vers nous, et trouver le moyen de fuir à travers les bois ; mais notre espoir fut déçu car à peine étions-nous atterris, que nous fûmes entourés et faits prisonniers.»
(...)

 Les Télégraphes et les postes pendant la guerre de 1870 - 1871 par François-Frédéric Steenackers, 1891




¹ En réalité, Delamarne s'appelait Emile Dhiot. C'était un aéronaute aguerri puisqu'en 1870, il avait déjà à son actif plus de 55 voyages en ballons. Connu du grand public, il se produisait dans des fêtes foraines comme « avaleur de feu ». Ses origines allemandes, son évasion rocambolesque, le rendirent suspect aux autorités de l'époque. Plusieurs auteurs le présentent comme un espion. On ne sait ce qu'il est devenu. Gabriel Yon, prétend qu'il fut arrêté comme espion et fusillé sous la Commune.



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Toussaint COPPOLANI
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